Lundi 19 novembre : sexualité et religions

Tant de choses à dire, depuis le début des interventions, une chose me tracasse :Celle du dialogue.  Si les jeunes partagent des choses avec nous, ils ne partagent jamais de choses personnelles. ce qui se passe chez eux, c’est en quoi ils croient, ce qu’ils aiment, rien de tout cela. pourtant c’est une chose qui me tient à cœur !

Le début de la séance a été mouvementé, V. à voulu revenir sur les faits qui se sont déroulés Jeudi et à ce titre la défense des filles à été sans appel. Je pense qu’elles ne sont pas dupes, elles savent très bien qu’elles peuvent tout faire basculer, que les décisions c’est elles qui en auront la monopole. Et la réflexion de B. montre bien cela quand elle dit “houla, mais si ça commence comme ça, l’année elle va se finir très mal”. Il y a quelque chose dans le regard de cette fille qui est puissant, je sais qu’elle à compris ce que je pensais quand elle a dit ça, et son regard m’a bien fait comprendre, que oui, le message était passé, et que les fautes de certains ne doivent pas se répercuter sur les autres… En soit ce soir, M. m’a demandé des son arrivé de l’aide en mathématique pour son contrôle de demain : je me suis donc concentré sur elle, et n’ai pas vraiment aidé les autres. Pour avoir un peu de calme, je lui ai demandé de venir dans la petite salle, très rapidement la bande de filles (5) se sont retrouvée autour de la table. Ils étaient tous très agités ce soir, et malgré le sérieux de quelques unes il était compliqué de se concentrer. Nous avons donc travaillé une bonne heure dans un semblant de calme et je pense sincèrement que M. va s’en sortir pour son contrôle !

Je ne sais pas du tout ce qu’ont fait M., V. et les autres jeunes de l’autre côté, je n’ai pas eu l’occasion d’y mettre les pieds, mais les cris et le positionnement des tables me laissent penser que ce n’était pas réellement studieux.

Nous avons eu un moment de “rumeur” avec les filles, bien sur M. et V. sont venues mettre de l’huile sur le feu ! M. et moi sont à présent ensemble, plus ou moins, depuis le début cette ambiance plane au dessus de nos têtes, ça y est, c’est tombé ! Mais en soi, nous n’avons pas démenti, ni l’un ni l’autre, et laisser passer, elles peuvent penser ce qu’elles veulent.

Mais ce que je tiens à noter ce soir, c’est l’importance du dialogue que nous avons eu elles et moi. Déjà, pendant que nous avons travaillé, les paroles en arabe étaient bien plus présente que d’habitude, il est parfois compliqué de continuer d’expliquer quelque chose quand elles parlent dans une langue qu’on comprend pas, on ne sait pas ce qu’elle peuvent dire sur nous ! Elles peuvent nous critiquer ouvertement, et on ne s’en rendra pas compte ! C’est une sorte de faiblesse.

B. n’a pas travailler mais au bout d’un moment m’a demandé si elle pouvait me poser une question, et toutes les filles autour de la table sont entrées dans le jeu d’en savoir plus sur moi. B. m’a même demandé s’il était possible de ma poser une question gênante ?! Je m’attendais au pire, en réalité la question était “est ce que tu manges du porc ?”, ma réaction fut simple et ma réponse évidente “oui”. Elles m’ont donc demandé si j’étais athé, que je croyais en rien ?! d’un air plutôt choqué. Je me suis demandé un instant si fallait que je leur explique, ou si c’était juste une lubie, qu’elle n’allait même pas écouté ma réponse ! En fait elles attendaient ma réponse avec impatience, je leur ai donc expliqué que j’étais baptisé, que j’avais fait ma communion, donc que  j’étais chrétienne mais pas pratiquante, mais que j’allais occasionnellement à l’Eglise… Elles ont pris le temps de m’écouter, dans un silence religieux, si je peux le dire ! Et je ne sais pas comment la conversation à dégénéré, mais la question suivante à été “Quand est-ce que tu as fait ta première fois ?” J’étais plus choqué de cette question, posée comme ça de but en blanc, et je leur ai répondu que c’était personnel, que je leur dirais pas. “Mais tu es vierge ?” à été la question suivante … De manière générale je suis loin d’être à l’aise avec la sexualité, et particulièrement en ce moment, j’avais donc peur de dire des choses que je n’aurais pas dû. Mais j’ai essayé de jouer franc jeu avec elle, le truc qui me posait problème était de savoir comment jauger la chose, qu’elles étaient les réponses qu’elles attendaient ? Soit je passais pour une fille facile, soit je passais pour la coincée. Et en réalité elle m’ont étonné dans leur réaction :Je leur ai dis que non, j’étais pas vierge, mais que j’avais fait ça avec quelqu’un qui était sérieux, avec qui j’étais en confiance. Elle m’ont demandé depuis combien de temps on se connaissait, un mois ? un an ?, si on était toujours ensemble ? Je leur ai répondu sincèrement, sans dire quand était cette première fois. C’est aussi une manière de me protéger ! M. est arrivé à ce moment là, et elles lui ont toute demandé de partir, de nous laisser que c’était sérieux. Il est parti et nous avons repris … Le sujet a dévié sur le mariage, le fait que dans la religion chrétienne il faut également être vierge pour le mariage, B. m’a dit que pour elle c’était normal, les autres sont plus dans l’idée que vers 18 ans c’est l’âge pour une première fois …. Je trouve que c’est assez tard par rapport à l’image que j’avais d’elles. Elles jouent aux adultes …mais elles ne font que jouer, pour elles la sexualité semblent assez loin en réalité ! On a ensuite parlé des fêtes que l’on faisait, noel, pâques, et visiblement elles le fêtent aussi mais de manière beaucoup moins importante. Le fait de parler de la réaction des parents m’a aussi étonné, pour elles la sexualité est liée avec la famille : les parents vont nous “étriper” si on fait ça …alors oui peut être mais je leur ai expliqué que cela allait au delà de la religion, que moi aussi mes parents allaient me tuer si je leur apprenais que j’étais enceinte ! L’âge du mariage a aussi apporté la notion du mariage forcée à 13-14 ans, et elles sont conscientes d’avoir la chance de choisir, d’avoir du temps, et c’est quelque chose que je respecte … En parlant de bébé, le sujet à dérivé sur le déni de grossesse, parce que Sa. avait vu à la télé une fille accoucher alors qu’elle avait pas de ventre, rien, je leur ai donc expliqué que oui ça pouvait arriver, que c’était un déni de grossesse, que la fille elle avait ses règles, elle ne prenait pas de poids et pourtant elle était bien enceinte. Ce les à choqué mais B; et M. m’ont dit que c’était bien de savoir !

Lorsque nous avons fait le tour du sujet, je leur ai demandé si moi je pouvais leur poser une question, et bien évidemment j’ai eu un oui unanime. Je leur ai donc demandé si elles étaient au courant que leur collège était en ZEP. “C’est quoi une ZEP ?” fut la première réaction “Mais c’est pas une ZUP ?”. Je leur ai donc expliqué la différence, en essayant de les amener au coeur du sujet, leur faire comprendre que ce à quoi elles ont droits, n’est pas valable pour tous ! Mais ça elles en étaient consciente, Sa. m’a même dit moi mon cousin, c’est parents ils payent le collège, parce que dans le public ils ont dit qu’il était trop violent, tout ça parce qu’il a fait de la garde à vue, alors que c’était rien. Elles sont donc consciente du fait qu’il y a des différences. Mais quand je leur ai expliqué que les collèges en ZEP c’était les collèges où il y avait plus de personnes socio-économiquement faible, leur réaction à été “ouais ils nous prennent pour des pauvres ces bâtards !” Oui, bienvenue dans la réalité, mais le fait d’en parler, les a je pense rassuré dans le sens,  où, en dépit de leur différence, elles ont quand même droit à quelque chose !

Le sujet des profs est alors arrivé : quels rapports elles avaient avec leur prof, Sa. m’a dit moi ma prof de Français c’est la meilleur, je la kiff trop ! B. à tout de suite dit, pff de toute façon ils sont racistes, et les autres, plus mitigés, ont donner les pour et les contre, en disant que ça dépendait des profs, mais qu’il y en avait qui était vraiment nul, qu’il attendaient des fois pendant des heures debout dans le couloir, sans pouvoir re-rentrer dans la salle de cours …

Ça a également été l’occasion pour moi de parler du conflit avec V. et de dédramatiser la chose, de leur dire que c’était normal qu’elles aient plus de facilité à communiquer avec moi et M. qu’avec V., elle était plus âgée (59ans), elle n’avait pas la même manière de concevoir les choses ! Mais le lien entre le groupe et V. est définitivement mort je crois. Je veux bien faire des efforts, aller dans son sens, mais j’y arrive pas ! J’ai beau ne pas lui saper son autorité, je n’arrive tout de même pas à penser comme elle.

Ce soir il était 19 heures passé et personne ne voulait bouger, autant les filles de mon côté que les garçons de l’autre, d’ailleurs un d’entre eux n’avait pas fini ces maths ! Quand je suis passé dans le couloir, vers 18h45, les filles m’ont demandé si on pouvait jouer au jeu de la dernière fois, je leur ai demandé l’heure, et elles m’ont dit, à bah non c’est trop tard, on pourra faire la prochaine fois ? Bien sur, qu’on pourra !

Ce soir, c’était une victoire pour moi, une victoire dans le sens où elles m’ont écouté, elles ont partagé sur leur culture, leur croyance, leurs envies, et quoi qu’il se passe à présent, je pourrais avoir autorité sur elle. Avant de partir j’ai dit a B.” “Chaise” en claquant du doigt, pour lui demander d’aller la ranger. Elle m’a “obéit” sans même réfléchir, et c’est Sa. qui à relever la chose en m’imitant, mais pas méchamment, et B. à dit, “merde, j’ai même pas remarqué, sinon ce que j’taurais mis ! ” Mais elles savaient très bien que c’était rien. J’ai demandé à M. de ranger le papier de gâteau qu’elle avait laissé sous la table, une fois elle à ramassé un bout. Je me suis déplacé pour lui dire d’aller ramasser l’autre bout, elle n’a pas rechigné …ça prouve bien que c’est pas de la méchanceté qu’ils ont, ils ont juste leur monde, et il faut avoir des critères bien précis pour pouvoir y entrer.

Les réactions de V. sur le thème de la sexualité sont encore à l’opposé de moi, pour elle se serait normal qu’elles se “touchent”, qu’elles puissent être libre, qu’on est plus dans les années 50, moi je suis pas d’accord … Elles nous a quand même dit ce soir que s’ils n’étaient pas capables de faire une croix tous les soirs pour émarger, c’est bien qu’ils étaient musulmans, que c’était trop leur demandé ! En ça devant les jeunes, elles ne le dit pas, mais ça se ressent tellement !!

J’espère simplement que ça ne viendra pas miner la relation que j’ai réussi à construire avec les filles ! Parce que oui les conversations sont mouvementées, bruyantes, parfois vulgaires mais elles savent aussi être sérieuses, curieuses, volontaires. Ce soir, c’est le premier soir je crois que je suis fier de la relation établie, que je prend conscience de l’importance de mon rôle au sein du dispositif.

 

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