Vendredi 12 octobre : Un groupe difficile

Aujourd’hui je n’avais pas envie, je suis sortie de cours  vers 17h, cours d’informatique qui me demande des travaux en groupe de 6.  C’est du grand n’importe quoi, et donc je suis arrivé pour commencer l’intervention avec une motivation à zéro. En arrivant,V. était la seule arrivé, M. est arrivé un petit peu plus tard. Lorsque je suis arrivée, vers 16h50 2 garçons étaient déjà présent. Ils avaient sorti leurs affaires et étais prêt à travailler. il a fallu attendre une dizaine de minutes, voir même une vingtaine de minutes pour que le groupe de garçons arrivent. Pendant ce temps, V. m’a expliqué qu’elle avait eu une réunion ce matin avec l’asso pour les interventions sur la nourriture, et nous allons donc relier notre projet aux leurs, ce qui en soit est une bonne chose : ça permet pour nous de nous appuyer sur quelque chose de concret, et pour eux de s’inscrire dans un réel travail de fond.

V. avait décidé depuis mardi, qu’il allait falloir reprendre les garçons à propos de ceux qui avaient mangé les gâteaux du bureau, et j’étais d’accord avec le principe qu’il fallait les reprendre. Je suis par contre moins en adéquation avec l’idée de ramener l’argent nécessaire pour en racheter un nouveau. Je ne vois pas comment on peut demander de l’argent à des jeunes qui  n’en n’ont absolument pas. Comment les familles vont-elles nous percevoir en sachant qu’on demande de l’argent à leurs enfants, pour rembourser des chose …? Je suis très sceptique quant à la visée pédagogique de cette action.

Mais dans ce genre de situation, la moindre des choses et d’être en accord avec son équipe pédagogique :  enfin c’est ce que je crois. Donc j’ai décidé, devant les enfants, de soutenir le point de vue de V.  C’est elle la responsable et je ne dois en aucun cas plomber son autorité.

Par contre, j’ai trouvé sa manière de faire très adéquate ;  elle a demandé à tout le monde, qui avait été sur le bureau mardi soir,  et tous les jeunes concernés ont répondu sincèrement. aucun n’a cherché à mentir, ou à ce défilé.  Je pense que c’est déjà un réel pas en avant pour eux, mais également pour la relation que nous entretenons avec eux. en soit,  seul A. a émis une réaction, plutôt violente après avoir parlé à V. . Le fait qu’il soit fautif, est pour lui évident, mais le fait de devoir de l’argent lui est resté en travers de la gorge.  Cet événement a eu comme impact de les agiter un petit peu plus que d’habitude.

J’ai un petit peu discuté avec A. après pour lui expliquer que nous on été responsable d’eux, et que ce n’était pas à nous de nous faire gronder par la Mairie à cause de leur enfantillage. J’ai donc pensé, vu sa réaction qu’il avait compris. Je ne dis pas qu’il recommencera pas, mais du moins il est conscient de ces actes.

Dans la grande majorité, le vendredi il n’ont que très peu de chose à faire : Inès avait quelques exercices de maths, et une dictée à apprendre. A. avait également des maths qu’il a fait après tout ce chahut. 2 ou 3 autres garçons ont fait de la physique. En tout début de séance S. à fait du Français, un travail sur Molière dans le dictionnaire (il faut bien trouver des alternatives à Internet ! ), mais on n’a pu lui demander grand chose de plus après l’avoir repris lui aussi pour les gâteaux.

la violence de ce jeune est impressionnante : c’est comme s’ils se sentait agressé par tout ce qui l’entoure. V. et M. disent qu’il a un problème,  un handicap, moi je suis loin d’en être certaine. j’ai bien peur que ce soit seulement son milieu son environnement qui pose problème, il dégage une telle agressivité,  il est compliqué de pouvoir travailler avec lui. Le simple fait de dialoguer est un problème.

Vers 18h, 3 voitures de police sont venues se garer devant le local. Les gendarmes sont descendus et se sont dirigés vers un des immeubles. La,  ce n’est même pas de la panique qu’on a vu dans leurs yeux et dans leur comportement, mais plus un sentiment représentatif des “racailles”. C’était un peu le “wesh qu’est ce qu’ils veulent”. Il a fallu batailler pour les contenir à l’intérieur du local.  V. a donc discrètement fermé la porte, ce qui n’est pas plus mal en soi. mais les jeunes ont tout de même fait des tentatives pour sortir du local : un d’entre eux a jeté son stabilo par la fenêtre, en pensant que je l’autoriserait à aller le chercher. Pour ne pas lui donner raison,  j’ai été chercher son stabilo moi-même. en sortant, j’ai dit bonjour aux policiers qui attendait en bas de l’immeuble, ils ne semblaient pas stressés par la situation, j’en conclu donc que ce n’était pas grave.

L’agitation était à son maximum, et le fait qu’ils n’aient rien à faire n’a pas été aidé les choses. A 18 heures 30, tous dans la salle principale, étaient en train d’attendre que le temps passe … et c’est tellement dommage ! J’ai donc pris l’initiative de faire un jeux avec eux. Je me suis posée la question à plusieurs reprises avant de me lancer… J’avais peur de ne pas être capable de les gérer, qu’ils n’apprécient pas ma proposition,qu’ils se moquent de mes idées,  mais c’est surtout le cadrage qui me posait problème. Comment composer une activité a des jeunes dans une telle agitation ? Nous sommes formés pour apprendre à faire cours dans ces conditions, mais nous n’avons aucune idée de comment faire pour gérer une activité… les limites de silence, de cadrage, de posture sont totalement différentes, et le rapport que l’on a avec les enfants est différent.

V. et M. étant dans l’autre salle,  j’ai demandé aux garçons s’ils voulaient que je leur propose quelque chose. un d’entre eux m’a répondu oui,  les autres m’ont répondu quoi ! cela veut bien dire qu’ils sont prêts à réaliser des choses avec nous, mais tout dépend ce qu’on leur propose.  N’ayant pas réellement préparé d’activités concrètes, j’ai choisi de leur proposer un jeu que je maîtrisais, c’est-à-dire le ninja ! En choisissant ce jeu que j’avais réalisé des dizaines de fois, je prenais l’assurance de savoir gérer le groupe.  je ne peux pas dire que ce fut un échec, mais je pense qu’il peut y avoir des améliorations.

Par exemple,  l’agitation de chacun fait qu’il est compliqué d’expliquer des règles.  C’est donc dans un perpétuel “tais-toi où écoutez-moi” qu’on arrive à avancer. J’ai bien expliqué dès le départ,  que je ne voulais pas que ça dégénère. c’est un jeu où l’on frappe les bras de ses voisins, mais je sais très bien qu’il peut se dérouler d’une manière très amusante.  et je pense réellement que sur les 6 enfants qui ont joué avec moi, 4 d’entre eux serait prêt à recommencer. sur les deux autres, les plus grands, j’ai du mal à me situer.  ce n’est pas qu’ils n’ont pas aimé le jeu, mais que leur comportement tellement agité a perturbé le bon déroulement, ce qui a, dans un sens pénaliser tout le monde, mais qui leur a surtout permis de se faire gronder. Donc  on apprécie moins un jeu lorsqu’on ne prend pas plaisir au sein de celui-ci.

le problème qui se pose aussi c’est la question de place. La salle est grande, certes,  mais même en reculant les tables, on ne peut pas par exemple faire un cercle, et on ne peut pas prendre l’initiative de décaler toutes les tables,  puisque selon V. cela prendrait trop de temps à remettre en place. il est compliqué, même pour moi, de réaliser des activités, des jeux, dans un lieu qui est logiquement dédiée aux devoirs.  la cohérence de ce projet n’est pas en adéquation avec les locaux qu’on possède : il faudrait qu’on est la possibilité de s’asseoir par terre, de bouger, et la salle a définitivement un agencement de classe scolaire.

Pendant la mise en place du jeu V. et M., chacun leur tour, sont venus au sein de la salle.  V. s’est écrié “enfin une vraie activité”, comme si c’était à nous de réaliser cette tâche ! et M. a fait un pas en arrière quand j’ai annoncé le nom du jeu :  je lui ai demandé s’il connaissait, il m’a répondu que non mais que ça l’intéressait … cela me paraît étrange qu’un animateur ne connaissent pas ce jeu, qui fait pourtant partie des basiques.  C’est donc une décision de prise : j’essaierai de réaliser ce type d’activité tout au long de l’année, les devoirs c’est une chose, mais ces jeunes ils ont besoin d’autre chose !

C’est peut-être un petit peu dur de dire ça,  mais je pense commencer à faire des activités avec le groupe du lundi-jeudi,  plus qu’avec le groupe du mardi vendredi. Ce n’est pas de la pure discrimination,  c’est quelque chose de réfléchi : le groupe des filles semble beaucoup plus ouvert aux activités que celui des garçons.  C’est peut-être un cliché, mais c’est ce que je ressens. je dois aussi dire que je me sens plus capable d’aborder des activités avec les filles,  parce que je sais que j’aurais plus d’impact, plus d’autorité sur elles, que sur les garçons. Chez les filles il suffit de hausser le ton pour arriver à avoir quelque chose, Avec les garçons il faut parfois même aller jusqu’au contact physique pour avoir raison.  Je ne dis pas qu’on les “tepa” comme ils disent, loin de là, mais si on ne leur rattrape pas l’épaule en leur demandant de nous regarder, les paroles passent bien au-dessus de leur têtes, et c’est dommage.

La séance c’est terminée un petit peu avant 19h,  V. vers 18h45 nous a demandé de commencer à ranger les chaises, les tables et de nettoyer la salle. Comme tout le monde a travaillé, le rangement a été fait en moins de 5 minutes, et donc ils n’avaient plus rien à faire. Ils ont tous ranger leurs affaires dans leur sac,  ils sont sortis prendre l’air dehors. c’est vrai qu’il faisait relativement chaud aujourd’hui. C’est donc dans un au revoir, et un bon week-end général que nous nous sommes quittés.

A. qui n’avait pas fini ces maths,  est resté jusqu’à 19h, jusqu’au départ du bus,  pour finir ses exercices. Ce gamin est belle et bien l’image que l’on peut réussir en sortant de la cité.  Il est intelligent, il sait qu’il faut travailler, et à partir du moment où il est isolé c’est un ange. C’est seulement l’effet de groupe,  et le fait d’être avec d’autres garçons qui le rend si vulgaire, insolent.

C’est des choses dont je compte bien parler avec eux, et je ne perds pas espoir.  On dit souvent que si l’on ne croit pas en soi, quelqu’un croira en nous : Ils ne croient pas en eux,  ça c’est une vérité, une réalité, mais c’est bien a nous de croire en eux.

 

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