Mardi 9 Octobre

Nous somme mercredi soir, et je n’ai pas pris le temps, ou simplement pas eu le temps de relater les faits d’hier soir. Je me demande la tournure que prendrait la notion « d’aide au devoirs » si je n’étais pas là. C’est très égocentrique et pourtant j’ai l’impression que je suis la seule à aider les jeunes sur le plan scolaire. Je ne dis pas que Mario fait rien, loin de là, c’est lui la figure d’autorité pour certain et il aide certains jeunes pour des bricoles mais est beaucoup dans la relation ami-ami avec eux, et donc travaille que très peu.

Il leur propose d’écouter de la musique, de faire des jeux, ils utilisent des mots arabes, et parlent grossièrement. Il fait littéralement parti de la bande, alors qu’il devrait y avoir une frontière, non ? La place que je me suis faite avec ce groupe est plus complexe qu’avec celui du lundi, la faute à un lot de garçons plutôt agité, mais elle me convient. Le temps que je me sens utile, et que je sens que ce que je fais avec eux à une importance à leurs yeux, je considère qu’il me font un minimum confiance. Ils se servent peut être juste de moi, mais j’arrive quand même à leur faire apprendre des choses : par exemple pour faire un exercice, et ce avec tous les jeunes, si je vais plus loin que la question en elle même, utilise un autre exemple pour l’emmener à la réponse alors les jeunes me suivent, ils essayent de chercher, de trouver, même si le rapport avec leur exercice de base est abstrait. Si je fais la même chose avec E., elle me répond clairement que ça sert à rien, que c’est pas la question !

Ces jeunes, ils ont envie d’apprendre pour certains mais c’est leur environnement, tout ce qui les entoure qui pose problème. Hier, j’ai principalement fait des maths, d’abord avec I.qui est arrivée des 17 heures 30, puis avec un garçon qui n’était encore jamais venu. Le pauvre avait un devoir maison de maths qui m’a donné du fil à retordre : le niveau de cet établissement est définitivement très haut, comparé à son voisin bien sur, mais globalement également !

Le plus difficile est de les garder concentrer, hier, tous sont partis progressivement dans l’autre pièce, deux d’entres eux travaillaient tout de même dans le brouhaha, le temps que j’aidais le jeune avec son devoir de math. C’est à coup de pétard en papier, que les jeunes sont venus perturber notre calme et notre concentration : une fois, deux fois, le même garçon puis les autres se sont mis à le copier en faisant un boucan intolérable (je trouve, mais chacun à sa propre perception du niveau sonore dit-on !). Je me suis donc levé, ai passé les deux portes et les ai remis à leur place : Je n’ai rien dis de bien méchant, juste qu’ils étaient irrespectueux, et que ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas travailler, qu’il fallait empecher les autres de le faire. J’ai tourné les talons avant qu’ils ne réagissent. Le niveau sonore est redescendu un petit peu, et en sortant quel surprise ! M. et V. qui était en train de fumer quelques secondes auparavant font irruption dans le hall.

Je n’ai pas pris le temps de leur expliquer pourquoi j’avais hausser le ton, et j’ai entendu un petit peu plus tard V. en discuter avec eux. Cela prouve bien que si l’impact n’a pas été important, il est tout de même présent.

Un point important également, c’est l’envie incontrôlable, pour certain, de quitter le local : hier, Sofiane (celui qui à tout du cliché du petit cancre !) à commencer par nous demande s’il pouvait sortir, M. lui a répondu que oui. Ensuite il nous a demandé s’il pouvait partir, on lui a répondu que non, et quelques minutes après, S. passe devant la fenêtre, tape le long de la cloison et part. Étant occupé et seul dans la pièce je me lève, interrompt mon explication, pour demander à M. d’aller voir où S. est parti. En sortant M. retrouve S. ET A. dehors en train d’attendre de se faire prendre. Ces deux garçons cherchent littéralement des limites, et il va falloir en poser. V. et M. ont le même avis : S. est « gogol », il a un problème … Peut être, mais il est peut être simplement en grande détresse, moi j’ai l’impression qu’il le fait exprès : quand ont lui demande deux minutes d’attention c’est possible donc pourquoi pas plus.

Il y a une telle agitation dans la vie de ces gamins que le fait d’être au calme, de se poser, de réfléchir c’est quelque chose qu’il leur échappe totalement. A l’ESPE aujourd’hui on a abordé la notion de silence, et on nous explique que le fait de se retrouver dans un silence complet, est, pour certain, une épreuve en soit. Tout simplement car c’est les bruits du corps, de nous même que l’on perçoit, et pour ces jeunes, le silence n’est jamais atteint dans leur vie quotidienne. Donc cette sensation étrange les effraient et je les comprend. Je ne leur demanderais jamais le silence simplement de baisser le volume, de faire que l’atmosphère soit vivable pour tous : autant pour ceux qui ont besoin de calme, que pour ceux qui ne peuvent le supporter.

Si je peux ajouter une chose, ce serait la notion d’horaire : Le « règle » fixé par l’association, est que les jeunes peuvent arriver entre 17 heures 30 et 18 heures : il faut dire qu’à 17 heures 45 nous sommes déjà au complet. Ceux qui ont des devoirs arrivent souvent les premiers, mais ceux qui n’ont rien à faire et qui vont engendrer de l’agitation n’arrivent pas non plus en dernier. Qu’est ce que cela peut montrer ? Est ce qu’ils se sentent en sécurité, qu’ils préfèrent être là que chez eux ? Peut être ! En tout cas, même si, encore hier le départ à été un petit peu plus tôt (18h57) à cause du bus, j’ai l’impression qu’ils se sentent bien avec nous… C’est pas le but, je sais, le but c’est de les faire progresser scolairement, mais si déjà je peux les aider à se sentir mieux, à voir autre chose, à se sociabiliser d’une autre manière alors j’aurais déjà tenu ma part du contrat.

J’ai également appris que pour beaucoup le mardi, il n’ont pas cours avant l’intervention, ce qui leur permet de se poser un peu, de manger, et pour certains d’avoir déjà travailler. Je ne le savais pas, et je ne sais toujours pas pourquoi mais les profs du collège  étaient en grève. I. me l’a dis mais d’autres, comme son frère étaient également concernés. Je ne veux pas remettre en cause, les fondements de la grève, mais suis étonné d’une grève aussi tôt dans l’année, ce qui prouve bien, qu’au fond, il y a un problème.

Hier nous avons parlé du fait que je travaille dans le quartier avec le papa à E. , aujourd’hui j’en ai parlé avec les filles de l’ESPE, et les réactions sont unanimes : « houla! » « mais tu n’as pas peur ». Mais peur de quoi ? C’est pas des animaux, on dirait qu’ils font littéralement partis d’une autre espace, que travailler avec eux c’est risquer sa vie à chaque instant. Est-ce qu’un pompier aura la remarque « Mais tu n’as pas peur ? », il a probablement peur mais il aime ce qu’il fait et c’est le principal ! Plus je côtoie ces jeunes, et plus je vois le monde sous leur point de vues, et ça me désole. Ça me désole de voir que, dans la majorité des cas, quand on aborde le sujet du quartier, c’est des réflexions, des a prioris, des préjugés, qui sont totalement infondés que les gens s’en rendent compte eux mêmes, mais les réflexions sont dites ! Je comprend alors pourquoi ces jeunes n’arrivent pas à entrer dans le monde du travail, dans la vie active, la vie sociale. Toutes les portes leurs sont fermés, simplement parce qu’il habitent le quartier. C’est comme si on interdisait à tous ceux qui vivent à la campagne de faire des études, où à tous les riches de travailler dans le social : ça n’a aucun sens, et pourtant c’est la réalité quotidienne de ces gamins.

Pour conclure en beauté, c’est à 19 heures que V. s’est rendu compte que les jeunes avaient mangé un paquet de gâteau dans le tiroir d’un bureau. Certes ils n’avaient pas à le faire et je suis d’accord avec les faits qu’il faudra les reprendre sur ses actes. Mais comment ont-ils pu ouvrir et manger les gâteaux s’ils étaient surveillés ? Comment un paquet de BN peut être moitié mangé, lorsque deux personnes surveillent environ 10 enfants ? C’est simple, les enfants étaient seuls, pendant les pauses clopes, ce qui leur laissent le temps de faire ce qu’ils veulent. En soi, ce n’est pas grave …Et je ne sais pas si je suis trop gentille avec eux, mais pour moi la faute est partagée, réellement partagée. Alors je ne sais pas si la situation peut continuer encore longtemps comme ça, et je pense que nous allons arriver à cohabiter … La seule différence est qu’ils font ça pour l’argent, et je fais ça, pas pour le plaisir, mais pour la compréhension du public, et j’y prend plaisir !

J’espère que demain, les jeunes seront un peu plus calmes, parce que les horaires font que ma vie est beaucoup plus speed, et donc la fatigue se fait ressentir : la seule chose qui me fait peur c’est de ne pas arriver à tout gérer, et ce dont je suis sur c’est que les études flanchent avant les interventions…Ce qui risque de ne pas être de l’avis de tout le monde chez moi !

 

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