Mardi 16 Octobre

Ce soir je ne sais pas quoi penser, ils ont tous été, sans exception, exécrable. Si vendredi dernier, je les avais qualifié d’ange, aujourd’hui ils ont pris le rôle de démon. J’ai beau rejouer les scènes dans ma tête, je ne parviens pas à comprendre leur comportement. Ce soir, tous sont arrivés un petit peu en retard, à part Inès. Elle avait un exercice d’SVT, qu’on a réalisé  ensemble dans la première demi-heure. tous les autres, nous ont déclaré avoir rien à faire, ce qui est peut-être vrai, mais ce qui probablement faux. c’est à partir du moment où ils ont franchi la porte, que tout est parti en vrille, sans vraiment qu’on puisse s’en rendre compte.

Pour commencer, une des jeunes filles, qui n’était pas inscrite dans ce groupe mais dans celui du lundi, qui n’est pas venu depuis le départ, est venu aujourd’hui pour “ accompagner” une de ses camarades, qui elle vient depuis le départ. V. lui a donc dit de partir, quelle n’avait rien à faire là :  et cette jeune, probablement en 4e, n’a pas vraiment bien pris la chose. elle s’est donc énervée, est sortie, mais à continuer à tourner dans les parages durant toute l’intervention. Ce soir beaucoup de jeunes extérieurs sont venus faire intrusion au sein de l’intervention, ce qui en soi n’est pas problématique, mais qui le devient vite, lorsque nos jeunes dialoguent et se chamaillent avec eux.

En soi, je pense que nous sommes tout à fait en faute : Si les jeunes s’agitent, et partent dans tous les sens, c’est qu’on ne leur propose rien, rien de concret, pour les occuper. Mais un problème se pose rapidement, on ne peut proposer une chose qui convienne à tous, notamment dans ce groupe, où il y en a forcément un qui va rejeter notre idée, et démotiver les autres. Dans ce groupe, c’est S. et A. qui sont à l’origine de la majorité des problèmes :  en tout cas c’est eux que l’on reprend le plus.

S., est la figure du cancre, et il s’applique à conserver ce rôle. Il est toujours dans la provocation, ne fait que ce qui lui plaît et  va répondre de manière agressive, violente, à tout ce qu’on lui dit. Je pense que c’est l’un des jeunes qui aura le plus de difficultés à s’intégrer dans la vie sociale. Mais A., je ne comprends pas. Il a l’air d’être un garçon intelligent, et je pense qu’il se donne un rôle à jouer, une façade, mais je ne sais pas pourquoi. Il est l’opposé d’I., sa sœur. A. est tout de même plus “gérable”, dans le sens où lorsqu’on propose quelque chose qui lui convient, il va participer et apprécier. mais son problème, c’est le rapport à l’autorité, c’est le fait, que dans tous les cas, il veuille avoir raison.

En arrivant, et en attendant que les jeunes arrivent, V. nous a demandé notre avis sur une idée, un projet qu’elle avait pour le dispositif : elle souhaite mettre en place un temps de lecture à chaque intervention. Elle n’a pas réellement détailler son projet avec nous, M. lui a dit qu’il était pour, et je leur ai répondu, que je ne savais pas si ça allait les intéresser, que je n’étais pas sûr qu’il apprécie la lecture. V. m’a clairement répondu, que de toute façon il n’aurait pas le choix … visiblement moi non plus !

Elle a également décidé aujourd’hui de faire un petit tour les opinions de chacun vis-à-vis du dispositif, et leur demander ce qui leur plairait. L’idée était très pertinente je trouve, et ce qui est ressorti le plus de ces entretiens, c’est le besoin de plus de jeux, comme le UNO par exemple. et certain voudrais un soutien, une réexplication de leur cours dans certaines matières.

A ce moment précis, tous les jeunes étaient dehors, en train de ne rien faire, discuter et se chamailler étant leurs principales occupations. nous étions donc tous les deux avec Mario, dehors, en train de faire littéralement, du “gardiennage”. “ t’assois pas sur la voiture” “ va pas sur la route” “ reviens vers la s’il te plaît” “ écoute-moi quand je te parle”, sont les phrases qui ont tournés en boucle durant un bon moment.

V. m’a demandé de la rejoindre, pour discuter avec moi de la notion des “cours particuliers”, une jeune fille voulait en physique-chimie, pour l’aider à remonter sa moyenne. En me demandant si j’étais d’accord de lui consacrer un peu de mon temps à chaque séance. Ce que j’ai accepté bien sûr.  M. est venu nous voir, pour nous demander si l’une d’entre nous pouvez venir l’aider, car il pensait que ça allait dégénérer très rapidement. Je suis donc ressortie avec lui dehors, et demandé aux jeunes de se regrouper, qu’on allait leur proposer quelque chose. M. qui ne semblait pas avoir beaucoup d’idées, se tourna vers moi en me demandant si je pensais à quelque chose. Mais l’agitation du groupe, et la violence de certains, ma fille reculer quant à l’idée de leur proposer le jeu du “nœud humain”.  M. leur a proposé un jeu de cartes amélioré, ils ont également refusé. Tous voulait rester dehors, et un d’entre à proposer un loup ! Jeu auquel je n’aurais même pas pensé vu leur âge, mais qui visiblement convenait à une partie d’entre eux. C’est donc 6 ou 7 des jeunes qui ont fait une partie sur le terrain d’herbe à côté du préfabriqué.

Je pense que M., tout comme moi, étais fatigué de la situation :  mais ce que je peux noter à présent, c’est le comportement des jeunes vis-à-vis de cette activité :  le temps que certains ont jouer, notamment I., A., M …,les autres, qui aurait pu continuer de vaquer à leurs propres occupations, c’est-à-dire s’agiter dans tous les sens, et jouer avec nos nerfs, ce sont littéralement “ poser sur une voiture” et ont regardé les autres jouer : Comment analyser cela…? le fait de regarder quelque chose qui se passe leur suffit… ils refusent de participer à ce qu’on leur propose, ce qui nous freine dans la réalisation de nos projets, mais ils ne semblent pas être exclus, ou pénalisés, si les autres jouent sont eux. au contraire c’est quand le jeu du loup a commencé, que tous ceux qui ne jouaient pas se sont apaisées : assis sur une voiture, certes, mais au point où nous en étions, ce n’est qu’un détail. ils ont joué à peine une dizaine de minutes, lorsque  V. nous a demandé de rentrer : se pliant aux ordres, nous nous y sommes pris à deux fois pour les faire rentrer, mais je pensais que cela serait plus complexe. tous, autant ce qui jouaient, que ceux qui ne jouaient pas, sont rentrés sans faire trop de vagues.

Et c’est là que V., a décidé d’exposer son projet, malheureusement les jeunes n’était pas en position d’écoute : pour certains ils venaient de courir, de s’agiter, et tous avaient envie de rentrer chez eux. Mais V. quand elle veut quelque chose, elle l’obtient, mais cela de manière pas toujours pédagogique !  avec M., nous avons donc demandé à tous les jeunes de s’asseoir, de se poser, et d’écouter V. : je suis consciente que les interventions des jeunes à l’extérieure, par la fenêtre, était perturbante, même dérangeante. Mais V. s’est focalisée sur eux,le temps que les jeunes étaient calme ( relativement). Mais plus le temps passait,  et plus l’agitation revenait : dans un sens pourquoi demande t-on a des jeunes qui ne peuvent pas rester en place de garder le silence pendant plus de 5 minutes ? et cela a duré encore plus que ça, puisque à chaque fois qu’il y avait un bruit quelconque, elle s’arrêtait, et reprenait sa phrase quasiment au début.

En résumé, elle leur a demandé si certains lisaient à la maison. La réponse fût un catégorie non, qui était à prévoir. Elle s’est donc tournée vers les lectures obligatoires, imposé par le collège, pour savoir ce qu’ils avaient à lire : les 5 livres qui ressortir de cette idée, dans un bordel monstre on peut le dire sont, Harry Potter, Vendredi ou la vie sauvage, Les Fourberies de Scapin, Le Horla, et un autre dans le nom m’échappe.  Elle leur a ensuite expliqué, qu’à partir de la rentrée, nous allions lire, pendant 5 minutes, chaque jour, un extrait du livre qu’ils choisiront :Toujours dans un brouhaha infernal, les commentaires négatifs se sont fait entendre, mais V. n’y a pas prêté attention. Elle a donc demandé à chacun de voté, en commençant par Harry Potter : 3 mains se sont levés, dont un qui s’est rétracté par la suite, plus sa propre voie et celle de Mario. Nous avions donc un total de 5 voies, elle a ensuite énuméré les quatre autres livres, pour lesquelles personne n’a voté, puis a conclu que ce serait Harry Potter, qu’on irait à partir des vacances !  où est dans tout ça la démocratie ? Il faut quand même m’expliquer deux choses :

  • La première,  c’est que malgré le fait, que seulement 3 enfants prennent part à la situation, elle décide quand même, de manière quand même très arbitraire, de lire Harry Potter. Si les enfants n’avaient pas le choix, pourquoi leur avoir demandé leur avis ?

  • la deuxième  chose, c’est la réponse à la phrase de conclusion “ bon, alors ça convient à tout le monde ?”, où un non s’est clairement fait entendre de la part de tous, même Inès s’est exprimé, elle leur a répondu que c’était “bien une réaction de “français”, que de ne pas voter, mais de critiquer les décisions prises par la suite” …  Faut-il lui rappeler dans quel contexte socio-économique ces jeunes se trouvent ? pour la majorité d’entre eux, ils ne se définissent pas comme étant français, et c’est cette sorte d’humour qu’elle ose mettre en avant dans des situations de conflit ?!

Pour conclure sur ce point, je pense réellement que c’est une erreur de mettre en place ces activités de lecture, les jeunes ne seront pas attentif, et on ne fait pas apprendre quelque chose on ne fait pas apprécier quelque chose, a quelqu’un qui n’est pas volontaire !

En réalité j’étais presque énervée en rentrant ce soir, énervée contre les jeunes d’avoir ce comportement, énervée contre V. qui selon moi n’aborde pas les choses de la bonne manière, énervée contre moi-même qui n’est pas réussi à mettre en place quelque chose de concret ce soir, énervée, dépitée, sans réponse.

C’est donc dans un élan, presque de rage, que je me suis dit, qu’une séance pareille ne se reproduirait pas. J’étais à peine rentrée, que déjà j’avais mis en place des activités pour la séance prochaine.

Je sais que je rabâche ça, depuis maintenant plusieurs soirs, mais en réalité je recule devant le fait accompli : à chaque fois je me dis que l’activité en question ne fonctionnera pas avec le groupe. Je recule, parce que j’ai peur d’échouer, j’ai peur que les activités ne soient pas appréciées par les jeunes, que je n’arrive pas à m’imposer … mais je me dis que je l’ai déjà fait, qui ne sont pas plus turbulents que d’autres.  Alors en rentrant ce soir, j’ai préparé deux jeux, des jeux qui me semblent être adaptés à ce type de public, des jeux pour lesquels, nous n’avons pas besoin de rester assis, et où au contraire, on leur demande de bouger !

  • le jeu il était une fois, que j’ai déjà mentionné, mais que je n’avais pas préparé. j’ai donc relus les règles, fais des petites cartes, avec des objets des personnes des lieux, et je pense proposer cette activité, aux filles jeudi soir. Je pense que c’est un jeu qu’elle pourrait même réaliser en autonomie par la suite.

  • le jeu que j’appellerai “ coude- genou”, parce que je ne retrouve pas le nom !!  ce jeu consiste en réalité à placer un bout de papier entre deux parties du corps. en équipe de trois ou quatre, le but est de placer un maximum de papier, dans un temps donné. dans le groupe si je donne un papier avec une face coude, et l’autre genou, l’équipe devra se débrouiller, pour faire tenir le bout de papier entre le coup de d’un joueur et le genou d’un autre. J’ai déjà réalisé ce jeu en colo, et les jeunes avaient énormément appréciés, je me dis qu’ils ne peuvent pas être si différents les uns des autres.

Jeudi sera une petite journée pour moi, je serai donc en forme pour l’intervention, et puis ce que V. impose saisie des sans prendre en compte ni notre avis ni l’avis des jeunes, que M. ne semble pas en capacité de proposer les choses, je me dis qu’il faut que je trouve la force, et le courage de proposer au moins l’une des deux activités. Si je le fais, même si j’échoue, je ne pourrais le regretter, parce que je pourrais toujours en retirer quelque chose.  Si je ne le fais pas, je réagis d’une manière pire encore que V., en réalisant mon travail rien que pour l’argent, sans prendre des risques, sans sortir de ma zone de confort, pour pénétrer dans leur monde à eux !

C’est comme un défi que je me lance, si j’avais tant d’aisance avec le public en général cet été, je peux très bien trouver ma place au sein de ces groupes, et les ouvrir à autre chose, même s’ils y sont réticents pour l’instant.

Cette intervention reste la pire depuis le début, la plus complexe, dans le sens où je me suis senti comme dans une impasse. Mais plus la situation est difficile, plus j’ai envie de me battre, pour eux, pour le dispositif, pour les projets… Je savais que ça ne serait pas simple, j’en ai la preuve ce soir, mais en y réfléchissant, je me dis que la situation de ce soir, n’atteint toujours pas les a priori négatif que j’avais à propos de ce public …disons que la marge est encore grande et que je compte bien intervenir avant qu’ils ne la franchissent.

 

Laisser un commentaire

Mathisleblond83 |
Despotinetpasdecalin |
Pokémons et combats |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Moncollegealamaison
| Technotroisieme
| 3ppb2